Tout ce qui se passe ou s’est passé chez Passerelles et Compétences

Par Luc Fayard, journaliste

A l’occasion de ses 20 ans, P&C se penche sur l’évolution récente du bénévolat et sur son avenir. Rencontre avec quelques grands acteurs du domaine et des intervenants plus récents qui brossent un portrait passionnant et incroyablement dynamique de l’engagement solidaire.

11 millions de bénévoles, 1,5 millions d’associations, le paysage français du bénévolat est incroyablement riche. Mais il a aussi beaucoup évolué. Il y a 20 ans, le bénévole était souvent militant et se pratiquait sur la durée. Aujourd’hui, ce profil existe encore mais il est complété de nombreux autres : le jeune qui enchaîne les missions, le citoyen qui agit ponctuellement selon ses disponibilités ou sans passer forcément par une association, ou encore le salarié qui s’engage via son entreprise en proposant ses compétences. Les missions se sont diversifiées : hier, surtout de l’accompagnement à l’individu, aujourd’hui toujours le soutien de proximité bien sûr mais aussi le support aux grandes fonctions de l’association. De nouveaux acteurs sont apparus comme la plateforme JeVeuxAider.gouv.fr ou encore l’Alliance pour le mécénat de compétences. P&C, fort de ses 6 700 bénévoles et 3 300 associations membres, est un acteur majeur dans ce secteur puisqu’il a créé le bénévolat de compétences il y a 20 ans. Il participe à l’évolution du domaine en proposant maintenant des programmes aussi différents que le Bénévolat de gouvernance (intégrer le conseil d’administration d’une association), ou Passerelles pour l’Emploi (à destination des personnes en recherche d’emploi). Enfin, P&C s’adapte aux nouvelles demandes des associations, des citoyens et des entreprises et développe une activité Mécénat de compétences grâce à une équipe dédiée et toute une panoplie d’outils.

Du militantisme à l’engagement fluide

« Avant, on s’engageait à la Croix-Rouge pour des années. Aujourd’hui l’engagement devient plus ponctuel, plus contextuel » estime Laurence Armand, présidente de P&C. Il y a 20 ans, on donnait surtout son temps pour une cause qui tenait à cœur et la notion de savoir-faire n’était pas prioritaire. Patrick Bertrand, fondateur de P&C, se souvient du changement de paradigme : « Nous avons dit au bénévole : ne t’inquiète pas, on va t’aider à caser ta mission dans ton emploi du temps et, tu vas voir, tu seras encore plus heureux ! » Aujourd’hui, tout le monde peut constater que cette diffusion du partage des compétences est devenue une réalité concrète : « Voilà peut-être la plus grande victoire de P&C, estime Patrick Bertrand, avoir participé à inverser le schéma de pensée. » De plus, le nouveau bénévolat porte une volonté transformatrice renforcée : est-ce qu’aujourd'hui mon engagement peut contribuer à relever les défis écologiques, économiques et sociaux de la planète?

Du côté des associations, en créant il y a 20 ans le bénévolat de compétences, P&C partait du constat suivant : si les associations sont professionnelles sur leur cœur de métier pour servir leur cause et leurs bénéficiaires, elles manquent souvent de compétences transverses (finances, marketing, informatique, management, etc.). D’où le nouveau message : « Toi, bénévole, tu maîtrises ton expertise et tu vas pouvoir trouver ce supplément de sens que tu recherches, en aidant gratuitement cette association » explique Christine Bourdarias, responsable des projets stratégiques chez P&C.

Nouveaux acteurs, nouvelles actions

Les technologies ont fait évoluer le bénévolat. La crise sanitaire a favorisé les liens numériques. La rencontre en visio-conférence est passée dans les mœurs. « Nous allons continuer à utiliser les technologies, dit Patrick Bertrand, mais en gardant notre spécificité de la qualité de la relation car c’est le lien direct entre deux personnes qui est créateur de richesse humaine. »

Autre évolution, l’apparition de nombreux acteurs, publics comme privés : « Le paysage associatif se professionnalise, estime Laurence Armand, et de nombreux acteurs sont apparus. » Par exemple, la plateforme JeVeuxAider.gouv.fr, un site du gouvernement qui veut jouer un rôle de facilitateur. Elle est portée par la start-up d’État Engagement civique, née du rapport de Jean-Marc Sauvé et Claude Onesta « Pour que vive la fraternité » publié en 2015. La plateforme a connu un succès fulgurant et recense 360 000 bénévoles inscrits aujourd’hui, 6 700 organisations publiques et associatives et 1 300 collectivités territoriales.

Avec un rôle bien défini pour son chargé de déploiement Joe Achkar : « Nous sommes un levier fédérateur pour recruter des bénévoles pour les associations ». L’une des idées innovantes du site a été de créer et distribuer une interface de programmation qui permet à une demande publiée par une association d’être présente partout et celle-ci récupère automatiquement toutes les candidatures.

Nouveaux acteurs, nouvelles actions. Les formes se sont multipliées : par exemple JeVeuxAider.gouv.fr a mobilisé en un temps record plusieurs milliers de bénévoles pour l’Ukraine. Autre exemple : « Nous avons pu proposer 150 salariés bénévoles de 10 entreprises membres pour travailler avec les Écoles de la deuxième chance » raconte avec fierté Marianne Eshet, présidente de l’Alliance pour le Mécénat de Compétences qui regroupe 27 entreprises et leurs patrons motivés sur l’engagement solidaire.

Le choix de la cause reste fondamental mais le champ s’est élargi avec des causes spontanées nées de l’actualité, des formes différentes de mobilisation, des gens qui réagissent plus vite et veulent être utiles immédiatement. Des nouvelles communautés se forment, dans les quartiers ou via les réseaux sociaux, surtout chez les jeunes, qui sont des preuves d’engagement et de quête de sens, sans qu’elles prennent forcément la forme associative.

Du côté des associations, on constate un peu partout un rajeunissement de ses cadres et surtout, plus généralement, au-delà de l’associatif, on voit de plus en plus de jeunes, souvent diplômés, qui cherchent à donner tout de suite un sens solidaire à la valeur travail.

Mécénat de compétences

Le mécénat de compétences est l’un des éléments clés du nouveau paysage, même si la notion de responsabilité sociétale et environnementale de l’entreprise a été officialisée il y a plus de 20 ans. « Dans le cadre du bénévolat de compétences, la personne va réaliser son intervention sur son temps personnel ; dans le cadre d’un mécénat de compétences, la personne apporte son expertise, professionnelle ou personnelle, dans un cadre fixé par l'entreprise et sur son temps de travail » résume Christine Bourdarias. Répondant aux sollicitations des entreprises, P&C a rapidement fait un constat sur le mécénat de compétences : quand il se pratique à travers une expérience réussie pour le collaborateur, il donne envie à ce dernier de continuer son engagement bénévole ; le mécénat de compétences vient nourrir le bénévolat. Maintenant, l’activité se développe chez P&C avec une équipé dédiée et des outils d’accompagnement, même si bien entendu le bénévolat de compétences reste son cœur de mission.

A noter que le mécénat de compétences est aussi l’occasion d’utiliser les compétences de différentes manières : « Ce sont des végétalistes de la SNCF qui ont réaménagé les jardins des Petits Frères des Pauvres ! » raconte Marianne Eshet. Le mécénat de compétences donne aussi une opportunité à certaines catégories de personnes de s’engager, alors qu’elles pensaient que ce n’était pas possible compte tenu de leur emploi du temps. « Je pense en particulier aux femmes qui portent cette envie au fond d’elles, estime Marianne Eshet, mais qui mènent une vie très prise par leur travail et leur famille : le mécénat de compétences leur permet de s’engager sur leur temps de travail ». Et un continuum se dessine : ceux et celles qui s’engagent pendant leur vie professionnelle poursuivent leur engagement pendant la retraite. L’engagement est un état d’esprit, un parcours de vie.

Oui, le mécénat de compétences est une expérience décisive pour l’entreprise et pour le salarié ! Et évidemment aussi pour l’association. Dans sa mission, le collaborateur vit quelque chose d’unique sur le plan relationnel et souvent il en revient en ayant acquis des compétences supplémentaires qui vont lui permettre de progresser dans sa carrière : par exemple un technicien accompagne un groupe de jeunes et se rend compte qu’il prend plaisir à manager.

« Pour l’entreprise, estime Marianne Eshet, le mécénat de compétences est même devenu aujourd’hui un levier pour attirer les talents, notamment chez les jeunes ; il est un vrai argument de recrutement » L’engagement est devenu un atout professionnel, il fait partie des entretiens annuels et devient un outil de fidélisation. La recette du succès : « Un salarié motivé, une mission formalisée, une entreprise impliquée » conclut la présidente de l’Alliance.

Rester innovant

L’avenir ? « Face à des attentes de bénévoles et d’associations qui changent, estime Laurence Armand, il faut rester innovant comme nous l’avons été il y a 20 ans. » Pour P&C le challenge est multiple : aujourd’hui les missions proposées par P&C sont souvent intellectuelles et déjà d’autres types de savoir-faire et même de savoir-être sont proposés. « Il faut aussi travailler davantage dans l’inclusion, offrir plus de possibilités aux personnes en difficultés. Regardez les valeurs extraordinaires que véhicule le compagnonnage, ne faudrait-il pas travailler ensemble ? Il faut faire évoluer le contenu du mot compétences ! » conclut la présidente.

Découvrez l’intégralité des interviews réalisées pour la rédaction de cet article !

Patrick Bertrand, pionnier du bénévolat de compétences en France et fondateur de P&C, témoigne de l’évolution de l’engagement solidaire.

Laurence Armand, Présidente de P&C, nous dit les enjeux actuels auxquels est confronté P&C et les programmes développés pour accompagner ceux du secteur associatif.

Christine Bourdarias, chargée de mission projets stratégiques chez P&C, raconte comment P&C fait évoluer son offre tout en maintenant son identité propre et sa place singulière parmi les acteurs de l’engagement.

Joe Achkar, responsable du développement de la plateforme JeVeuxAider.gouv.fr, nous fait comprendre comment les pouvoirs publics ont décidé d’accompagner l’évolution de l’envie d’engagement des citoyens dans sa diversité en donnant plus de visibilité aux besoins des associations sur tout le territoire et facilitant leur mise en relation.

Marianne Eshet, Présidente de l’Alliance pour le Mécénat de Compétences, témoigne de la volonté des entreprises de prendre leur part à ce mouvement et comment elles facilitent l’engagement de leurs collaborateurs.